La collapsologie : les risques d’effondrement de la société industrielle

Conférence

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Photo sur la collapsologie.
Informations sur la conférence
Thème La collapsologie : les risques d’effondrement de la société industrielle
Lieu CEMEA, 501 rue Métairie de Saysset, siège de l’association du Cercle Zététique du Languedoc Roussillon (CZLR), à Montpellier.
Date et horaires le 14 avril 2018
Animation

Philippe Monnin, membre du cercle de zététique Languedoc Roussillon, journaliste scientifique.

Mots-clés

collapsologie, cycle de vie, déchets, développement, effondrement, énergie, pétrole, pollution, ressources, sciences, société, vivre ensemble, zététique

J’écris quelques mots pour partager mes réflexions et sentiments personnels sur une conférence qui s’est tenue le 14 avril 2018 au siège de l’association Cercle de Zététique du Languedoc-Roussillon (CZLR). Son thème est La collapsologie : étude de l’effondrement de la société industrielle.

Je n’ai pas personnellement assisté à la conférence mais je connais l’association pour avoir participé à une université d’été en juin 2014 à Montpellier. J’écris cet article car le thème m’intéresse et je souhaite appliquer mon regard de zététicienne au contenu de la conférence. L’article est écrit avec mon regard personnel, ma sensibilité 😉 Je vous présente maintenant son sommaire :

La collapsologie : les risques d’effondrement de la société industrielle

1. Contexte

    Le thème de la collapsologie s’est invité dans mon quotidien de plusieurs manières :

  • un cadeau de mon époux Christophe, qui m’a offert l’ouvrage ‘Mal de Terre’ d’Hubert Reeves,
  • un échange avec une chercheuse météorologue travaillant à la météopôle de Toulouse sur l’état des lieux du climat lors de la journée internationale des femmes et des filles en sciences le 11 février 2018 à Toulouse,
  • une conférence à laquelle j’ai assisté : ‘Les controverses climatiques : bilan et perspectives’ de Lionel Scotto, lors d’une université d’été en 2014 de l’association ‘Cercle Zététique du Languedoc-Roussillon’ (déjà !),
  • la lecture des actualités du site de l’association ‘Cercle Zététique du Languedoc-Roussillon’ que je consulte régulièrement et donc la lecture de la présentation de cette conférence ‘La collapsologie : les risques d’effondrement de la société industrielle’,
  • des tribunes de groupes de scientifiques sur différents médias, poussant un cri d’alarme sur la situation actuelle (dernièrement Aurélien Barrau dans les réseaux sociaux).

Et donc, je m’essaie à réfléchir, à analyser la situation de ma place, de mon point de vue, de ce que je comprends par rapport à ce qui est partagé sur cette question. Et je partage mes réflexions dans cet article.

2. La conférence

Une présentation de la conférence est à lire sur le site de l’association ‘Cercle Zététique du Languedoc-Roussillon’ : http://zetetique-languedoc.fr/index.php/la-collapsologie/

Le conférencier est Philippe Monnin. Il est journaliste scientifique et membre du ‘Cercle Zététique du Languedoc-Roussillon’. La conférence s’est déroulée le 14 avril 2018.

L’enregistrement de cette conférence est disponible et peut être écouté sur la page suivante : http://zetetique-languedoc.fr/index.php/la-collapsologie-2/

Photo Collapsologie.
Conférence : « La collapsologie : les risques d’effondrement de la société industrielle ».

2.01. Les supports de la conférence

Voici les supports de la conférence, disponibles sur le site de l’association ‘Cercle Zététique du Languedoc-Roussillon’, pour suivre et comprendre le contenu de la conférence :

2.02. Introduction

Le conférencier commence par faire remarquer que le sujet n’est pas très réjouissant. (C’est un avertissement utile). Puis, il partage l’éytmologie du mot ‘collapsologie’.

Etymologie du mot ‘collapsologie’ :

  • Collapsus : chute de tension brutale en médecine,
  • To collapse : s’effondrer en anglais,
  • Et donc, en français : étude de l’effondrement des sociétés industrielles.

Pourquoi en parler maintenant ?

Le conférencier explique qu’il a lu il y a deux ans un livre intitulé ‘Comment tout peut s’effondrer, Petit manuel de collapsologie à l’usage des générations présentes’ de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, sorti en 2015. Selon son propos, « c’est un sujet qui commence à monter, on commence à se soucier ». Il partage donc son analyse sur le thème. Il évoque une professeure d’informatique à l’école polytechnique de Lausanne en Suisse, qui a le même intérêt mais… du point de vue de l’informatique et qui s’intéressent aux conséquences de la complexité des systèmes informatiques et à leur vulnérabilité.

Je partage aussi un lien Wikipédia qui peut être utile pour forger et approfondir son analyse personnelle : https://fr.wikipedia.org/wiki/Théories_sur_les_risques_d’effondrement_de_la_civilisation_industrielle

2.03. Quelques médias sur le thème

    Autres medias utiles (disponibles sur youtube) :

  • un film intitulé Cruel sera le réveil : le crash pétrolier, qui a été diffusé à la télévision sur la chaîne Arte en 2017. (Ce qui est dit est d’actualité totale, à quelques données devenues obsolètes comme le prix du baril de pétrole à 100 dollars),
  • une conférence intitulée A quand la rupture énergétique ?, donnée par Jean-Marc Jancovici à la Cité des Sciences en novembre 2017.

J’ajoute personnellement une autre oeuvre : Mal de Terre d’Hubert Reeves, avec Frédéric Lenoir [POINTS, Editions du Seuil, 2003, 2005].

Remarque sur la couleur du texte de l’article :

    Dans cet article, dans la mesure du possible, je vais utiliser plusieurs couleurs de texte et le style italique pour différencier les propos du conférencier et autres citations (pour une meilleure lisibilité ?) :

  • le gris italique pour les propos du conférencier Philippe Monnin,
  • le bleu italique pour les propos de Jean-Marc Jancovici,
  • le rouge italique pour des propos tirés de films ou d’autres oeuvres,
  • le orange italique pour des propos des participants à la conférence.

2.04. Définitions

    Voici quelques définitions partagés par le conférencier :

  • Jared Diamond donne cette définition : ce n’est pas la fin du monde, c’est une baisse significative du niveau de vie, le risque de disparition de valeurs fondamentales et puis des guerres engendrées par l’insuffisance des ressources naturelles.
      Il a essayé de voir s’il y avait des points communs entre les effondrements des différentes civilisations : Mayas, île de Pâques,…

    • Il a relevé cela : la déforestation, la détérioration des sols, la gestion de l’eau, la chasse excessive, la pêche excessive, l’introduction d’espèces hollogènes, la croissance démographique => pour les sociétés passées,
    • Il s’est interrogé sur notre société ; il a ajouté plusieurs points : le changement climatique, l’émission de produits toxiques dans l’environnement (la pollution), les pénuries d’énergie, l’utilisation excessive de la capacité maximale photosynthétique de la Terre.
  • Paul Jorion met en avant le risque systémique : dans un système complexe, si un des éléments faillit, il peut faire écrouler tout le système. L’effondrement de Lehman & Brothers en finances était à deux doigts de faire écrouler tout le système financier. C’est la métaphore du grain de sable dans un moteur.
  • Renaud Duterme fait une analyse très politique ; il met en avant l’insoutenabilité écologique du développement de notre société et aussi l’insoutenabilité sociale et financière. Il nie l’utilisation de « crise ». Selon lui, on n’est pas dans un crise où on reviendrait comme avant mais on est dans un phénomène de changement radical. Il mentionne les inégalités sociales ; il tient un discours marxiste et évoque la lutte des classes dans ses démonstrations. Il met en cause la démesure du productivisme et de l’extractivisme (extraction excessive des minerais du sol).
  • Joseph Tainter décrit l’effondrement d’une manière poétique, lyrique : qui n’a jamais imaginé une mégalopole américaine avec ses gigantesques grattes-ciels symbolisant la surpuissance capitaliste dans laquelle les arbustes engendrent un nouveau sous-sol et où le lierre gravit les six étages des immeubles d’habitation et les magasins abandonnés.
  • Yves Cochet, qui a été ministre de l’écologie et qui a fait partie du parti politique « Les verts » donne selon le conférencier une définition beaucoup plus précise : « l’effondrement survient quand les besoins de base (eau, alimentation, logement, habillement, énergie, mobilité, sécurité) ne sont plus fournis à une majorité de la population par des services encadrés par la loi. »

« La collapsologie est au carrefour d’un grand nombre de disciplines : l’écologie, l’économie, la climatologie, l’histoire, la sociologie, la démographie, mais aussi la physique, la géologie et même les mathématiques. Dans l’exposé (cf. fichier PDF), il est surtout question de la physique, de la géologie et des mathématiques. »

2.05. L’énergie : le coeur du problème

A présent, écoutons un extrait du film « Cruel sera le réveil : le crash pétrolier », un film documentaire primé à plusieurs festivals de documentaires, qui donne le ton… « En investissant un dollar pour un baril de pétrole, on obtient 25000 heures de travail humain physique. » Le pétrole, une énergie hors norme.

Propos du conférencier : « On aborde donc la question de la définition de l’énergie, (qui d’après le conférencier Philippe Monnin), est une unité qui n’est pas intuitive. Il évoque le mètre, le kilomètre. On sait qu’entre Paris et New York, il y a 6000 km. Un kilo : un litre d’eau, un litre de lait ; une personne pèse 70 kg, pas de pb. La seconde, une minute, une heure, idem. On sait que l’on va passer une heure et demi ensemble. Pas de pb non plus. La température : on sait que se baigner dans une eau à 24°, ce n’est pas la même chose que dans une eau à 14°C. Maintenant, 1 kilowatt (1 kW), on l’illustre comment ? Quels exemples concrets à donner ? » (cf. le document PDF de la conférence [page 13/87])

Une définition de l’énergie, donnée par Jean-Marc Jancovici durant sa conférence A quand la rupture énergétique ? :

« L’énergie, c’est ce qui permet de transformer le monde. C’est comme cela que l’homme agit sur le monde extérieur. L’énergie, c’est par définition ce qui caractérise et quantifie la transformation du monde. »

« Dès qu’on modifie une température, une forme, une vitesse, n’importe quoi, dès que l’on a une transformation dans le monde qui nous entoure, vous avez de l’énergie qui entre en jeu et cette énergie, elle entre dans un convertisseur. On fait entrer l’énergie sous une forme et elle en ressort sous une autre forme. Exemple : l’être humain. On fait entrer de l’énergie sous forme chimique avec les aliments et elle est transformée en chaleur et en un peu de mouvement (pas beaucoup). Essentiellement, de la chaleur donc. Pendant longtemps, le seul convertisseur auquel les hommes avaient accès, c’était eux-mêmes. Avec le temps, quelques brillants ingénieurs ont trouvé d’autres convertisseurs d’énergie, capables d’utiliser d’autres sources d’énergie que l’homme ne peut exploiter en direct. »

Voir les différentes sources d’énergie et les convertisseurs associés dans le document PDF de la conférence [page 15/87].

Une comparaison « parlante » de l’énergie produite par un homme et celle produite à l’aide du pétrole est donnée dans la conférence ‘A quand la rupture énergétique ?’ de Jean-Marc Jancovici (écouter l’extrait) : « Les machines ont permis de nous faire devenir des surhommes pour de vrai. »

« L’énergie mécanique produite par les jambes d’une personne est d’environ un demi kilowatt heure d’énergie mécanique… pour un randonneur qui fait 2000 mètres de dénivelé sur une journée entière ! (La formule E=mgh est utilisée pour réaliser le chiffrage gros grains de cette estimation par le conférencier). Soit 100 kilowatts heure sur une année de transformation d’énergie. Et 0,05 kilowatts d’heure d’énergie mécanique pour un travailleur. Sur une année un jour sur deux : 10 kilowatts / heure. Pour de l’énergie thermique, cette puissance, on l’obtient en brûlant… un litre d’essence.

Donc, un litre de pétrole permet de générer 10 kilowatts heure d’énergie thermique, de chaleur, transformée par un moteur, avec des pertes (Carnot), donc 2 à 4 kilowatts heure, soit la même capacité de transformer l’énergie que 10 à 100 jours de travail de force d’êtres humains ! »

Propos du conférencier : « Fin du XVIIIème siècle, (avec les découvertes des scientifiques, notamment dans le domaine de la physique), on développe à l’aide des machines des forces considérables que ni les hommes, ni les animaux étaient capables de développer. On a pu travailler des blocs de métaux très épais avec des presses à vapeur, transport de marchandises, voiliers remplacés par des steamers, on a créé des trains, les récoltes motorisées ont commencé, moisonneuses-batteuses, tracteurs… On a ainsi créé la société industrielle. Les moteurs à vapeur ont permis la production de masse. Les ateliers artisanaux ont été remplacés par des manufactures. On a transformé une société agraire en une société industrielle. Cela a commence avec la vapeur et cela s’est accéléré avec le pétrole, l’électricité… »

Propos du conférencier : « Une remarque sur l’automobile : un convertisseur utile pour le déplacement. On peut noter une explosion du nombre de véhicules sur la planète : un milliard à l’heure actuelle et pour une projection à 2040 : 2 milliards. »

Propos du conférencier : « L’énergie dans nos sociétés est extraite par des machines qui elle-même utilisent de l’énergie pour une histoire de coût. C’est un scoop ? Le scoop, c’est l’ordre de grandeur. Comprendre que l’enjeu, c’est l’ordre de grandeur. On n’a pas du tout l’impression que l’énergie est gratuite. Loin s’en faut… »

    Que consommons-nous dans notre quotidien pour vivre ? (En termes d’énergie pour une personne réalisant l’activité par jour.)

  • Alimentation (agriculture) : 21 personnes « esclaves » pour se nourrir
  • Electricité non spécifique (lumière, électroménager, multimedia) : 9
  • Electricité pour la chaleur (chauffage) : 27
  • Pertes en ligne : 5 personnes « esclaves » (qui travaillent pour rien)
  • Objets nécessitant de la transformation industrielle : 25
  • Transports : 28

En gros, au moins environ 120 personnes « esclaves » en termes d’énergie travaillent pour nous tous les jours pour vivre avec le niveau de vie que l’on a.

D’autres personnes ont fait ce calcul. Les chiffres varient mais l’ordre de grandeur est là : entre 100 et 200 personnes qui travaillent pour nous.
Ce n’était pas le cas dans le quotidien des personnes au Moyen-Age sauf pour les rois. Le niveau de vie dépendait directement de leur travail quotidien, de leur propre transformation personnelle de l’énergie.
Une voiture de 10 chevaux équivalent à un carosse tiré par 10 chevaux. A notre époque, on a tous ça mais pas avant…

On est dans une société de richesses et de confort qui repose sur tous ces convertisseurs d’énergie (et surtout avec cet ordre de grandeur-là !).

2.06. Le pétrole

Propos du conférencier : « Le pétrole, c’est un peu la reine des énergies. Pourquoi ? Avec un volume extrêment réduit, il contient énormément d’énergie et en plus il est facilement transportable. Et enfin, il est très peu cher, quasiment gratuit. » Ecoutons à nouveau un extrait du film ‘Cruel sera le réveil : le crash pétrolier’ : Le-pétrole-1.mp4.

« 70 % des barils de pétrole sont transformés en carburant pour les transports, à savoir essence, gazole, kérosène, fioul ferrovière et fioul maritime. 98 % des énergies utilisées dans les transports sont dérivées du pétrole. La fabrication d’une voiture standard consomme l’équivalent de 27 à 54 barils de pétrole selon les estimations. La fabrication d’un ordinateur de bureau consomme dix fois son poids en combustible fossile, celle d’une puce électronique 630 fois son poids. Pour chaque calorie ingérée aux Etats-Unis et dans les autres pays industrialisés, on dépense 10 calories d’énergie issues des hydrocarbures. »

Propos du conférencier : « Le pétrole a un grand défaut : il est constitué par un stock qui est fini (pas infini). Des mathématiciens et physiciens sont arrivés à la notion de pic. » Ecoutons à nouveau un extrait de la conférence de Jean-Marc Jancovici qui traite de la notion de pic : La-notion-de-Pic.mp4.

Les propos de Jean-Marc Jancovici : « Quand on vous tapez dans un stock de départ qui est donné une fois pour toutes et que vous pouvez plus jamais réalimenté, les mathématiques vous disent que vous n’avez pas le droit d’avoir en provenance de ce stock une consommation indéfiniment croissante ; c’est interdit sinon le stock serait infini (on est d’accord) ; vous n’avez même pas le droit d’avoir une consommation indéfiniment constante, même ça les mathématiques vous l’interdisent. En fait, les mathématiques vous disent qu’en pareil cas, vous n’avez qu’une seule forme globale de courbe qui est autorisée, c’est que si vous remontez suffisamment loin dans le temps, la consommation est nulle, si vous allez suffisamment loin dans le temps, la consommation sera de nouveau nulle et quelque part entre les deux, elle passera par un maximum absolu que dans le jargon des gens qui s’intéressent au pétrole et par extension aux ressources naturelles non renouvelables on a coutume d’appeler le pic. Alors, le pic s’applique ou s’appliquera au pétrole, au gaz, au charbon mais s’applique ou s’appliquera alors à l’étain, au tungstène, au chrome, au vanadium, au fer, à la bauxite et à la potasse. Tout. Pic pour tout le monde. Pas de jaloux. Dès lors que vous avez une ressource de départ non renouvelable, vous aurez un maximum absolu à l’extraction de cette ressource. Ce n’est pas de l’idéologie, c’est un théorème de maths. »

Propos du conférencier : « Ce théorème de maths a été mis en valeur en 1956 par M. Hubbert et on l’a appelé dans le jargon pétrolier le pic de Hubbert. Cette courbe montre cette notion de pic. Les points, ce sont la production du pétrole norvégien qui a atteint son pic de production en 2001. »

Propos du conférencier : « D’autres chiffres ont été donnés, ce sont ceux de l’IFP, on voit en vert les découvertes (ce n’est pas l’extraction) des sources de pétrole dans la terre, facilement exploitable d’ailleurs, on voit déjà que cela a une forme avec un pic en 1964 et l’extraction, en rouge, c’est la production, ce que l’on sort vraiment, on voit qu’il y a un décalage d’à peu près 45, 46 ans entre le moment où on a atteint le pic de découverte et le moment où on a atteint le pic de production ; il y a une convergence d’études qui montrent que le pic de production, on l’aurait atteint déjà en 2006. La question, c’est ça : où on en est ? Alors, l’agence internationale de l’énergie estime donc que le pic de production a été franchi en 2006 et que la moitié des 20 premiers producteurs de pétrole qui représentent plus des 3/4 de la production mondiale ont déjà franchi ce pic. Les USA, la Russie, l’Iran, l’Irak, le Vénézuéla, la Norvège, l’Algérie, la Libye, tous ces pays ont franchi le pic de production ; cela ne veut pas dire qu’ils arrêtent de produire mais ils ne sont plus dans la courbe ascendante de la production. »

Propos du conférencier : « Dans les années 60, quand on consommait un baril, on découvrait 6 nouveaux gisements. En 2012, pour 7 barils consommés, on en trouve plus qu’un nouveau, soit 42 fois moins et cela avec une technologie beaucoup plus performante que dans les années 60. »

Une citation d’un organisme spécialisé dans la recherche d’énergie pour qualifier la situation : « L’ère du pétrole facilement accessible est révolu ; nous entrons dans une nouvelle époque. »

Quid des pétroles non conventionnels ? Peuvent-ils remplacer le brut conventionnel ?

Propos du conférencier : « Les pétroles non conventionnels sont le pétrole et le gaz de schiste, les sables bitumineux, l’offshore de grande profondeur, le biocarburant.

Et là Pablo Servigne et Raphaël Stevens reprennent une notion qui existe depuis quelques années qui s’appelle le Taux de Retour Energétique (TRE) ; c’est facile à comprendre ; il faut de l’énergie pour aller chercher de l’énergie ; pour creuser un puits de pétrole, il faut forer, il faut dépenser de l’énergie. Pour fabriquer une éolienne, il faut de l’énergie. Et évidemment, si on dépense autant ou plus d’énergie qu’on en récupère, cela ne sert à rien. Au début du XXème siècle, aux Etats-Unis, dans le Texas, quand on dépensait une unité d’énergie, on en récupérait 100. Dans les années 90, pour une unité, on n’en récupérait plus que 35. Et aujourd’hui, les estimations montrent que la production mondiale de pétrole, le TRE, qui peut changer selon les évaluateurs, est situé entre 10 et 20. On commence à être sérieusement loin des 100 du Texas.

Alors, quid du TRE des énergies non conventionnelles ? Le pétrole de schiste est de 5 pour 1 ; Les sables bitumineux entre 2 et 4 ; c’est très bas tout ça, par rapport à ce qu’on a vu de la période de la croissance de nos sociétés où il y avait le pétrole à gogo ; le gaz naturel est de 10 pour 1 ; le charbon, c’est pas mal du tout… Mais tous ces TRE, ces taux de retour énergétique sont en déclin et c’est un déclin qui s’accélère. Ils sont tous en baisse. »

2.07. Le nucléaire

Quelle est la contribution du nucléaire ? Quoi en penser ? « Le nucléaire, c’est une énergie de stock comme les autres, il y a un pic et à partir du moment où il y a un stock, il y a un pic, c’est tout vu… »

Remarque personnelle

La question sur cette source d’énergie est détaillée dans le livre ‘Mal de Terre’. Hubert Reeves explique pourquoi le nucléaire doit être abandonné, si possible au plus vite… (Note : le scientifique explique qu’il avait été un fervent partisan de l’énergie nucléaire civile mais qu’il a changé de position.)

    De mémoire, plusieurs arguments :

  • l’épuisement de la matière radioactive à très courts termes (un siècle max pour les chiffres les plus optimistes) [énergie de stock],
  • la dangerosité durant la production (accidents de Tchernobyl, Fukushima…),
  • la sécurité à longs termes avec le stockage des déchets nucléaires,
  • le coût réel à cause du démantèlement nécessaire des centrales nucléaires dans le cycle de production,
  • l’obligation d’un entretien durable des installations (incompatible avec des pays en guerre ou politiquement instables).

2.08. Les énergie de flux

Propos du conférencier : « Alors, la grande question : est-ce que le salut peut venir des énergies de flux, qui sont des énergies quasi-inépuisables… Comme l’énergie solaire… Ce n’est pas demain matin que l’on n’aura plus d’énergie solaire. L’énergie éolienne également. Donc, du flux, ce n’est pas du stock. Si ce n’est pas du stock, il n’y a pas de pic de production ; il n’y a pas de pic de consommation. Mais elle demande de l’énergie pour être captée cette énergie. On peut calculer un Taux de Retour Energétique (TRE) : »

    D’après les données du document PDF de la conférence [page 43-44/87] :

  • Energie solaire de concentration (ex les fours solaires comme Odeillo) : TRE faible
  • Grosse installation photovoltaïque en Espagne : 2.5 sur 1.
  • Energie éolienne : 18 pour 1 (meilleur résultat) hors intermittence ; si on introduit l’intermittence, on tombe à 3,8.
  • Hydroélectricité : 35 à 49. Très bon chiffre. Limitation dans les grandes installations et c’est une technologie déjà massivement utilisée.
  • Les agrocarburants, c’est une catastrophe en termes de TRE et en termes écologiques.

« J’ai mis quasiment entre parenthèses mais vous l’avez tous présent à l’esprit les aspects écologiques en termes de réchauffement climatique. Pour l’instant, on n’en parle pas. C’est une conséquence directe de tout ce qui est dit là. »

D’après les données du graphique du document PDF de la conférence [page 45/87] :

« Alors, si on regarde maintenant à l’échelle, on étale… sur des millénaires, on voit très bien nous on se situe la société industrielle là aux alentours, peu avant et après 2000, elle a vécu essentiellement avec des énergies non renouvelables et si demain ces énergies non renouvelables ne sont pas renouvelées, (et ce qui est de forte probabilité), cela veut dire que si on veut continuer à vivre avec le niveau de vie que l’on a, cela veut dire que des énergies renouvelables amènent tout cela en termes d’énergie. Cela donne une idée en termes d’ordre de grandeur ; ce sont des ordres de grandeur qui sont fantastiques ; cela veut dire… c’est pas 3 éoliennes autour de Leucate… c’est remplacer la totalité de la production des énergies non renouvelables qui nous ont permis de vivre comme on est. »

2.09. Projection à plus ou moins courts termes

La contribution des énergies de flux en 2010 à la consommation mondiale d’énergie est (ridiculement ?) basse.

    Voir les données du graphique du document PDF de la conférence [page 47/87] qui représentent les différentes énergies primaires qui sont consommées dans le monde. Le conférencier liste ces énergies :

  • la plus forte, c’est le bois et les biomasses qui servent au chauffage essentiellement.
  • le marron, c’est le charbon
  • le bleu clair, c’est le pétrole
  • le bleu foncé, c’est le gaz naturel
  • le jaune, c’est le nucléaire
  • le vert, c’est les biocarburants
  • le gris, c’est les énergies de flux, (…censées remplacer toutes les autres énergies !!).

« L’éolien représente en 2010 0,57 % de la consommation mondiale d’énergie ; cela ne va monter d’une manière extraordinaire. Le photovoltaïque 0.07 % ! Des contributions qui sont quasiment j’allais dire inaudibles. »

Projections et estimations

Voir le document PDF de la conférence [page 48/87]. « Des projections ont été faites : ce sont des sources de l’agence internationale de l’énergie, ce n’est pas un lobby de qui que ce soit… L’agence internationale de l’énergie, c’est tous les pays du monde qui contribuent, des experts qui contribuent à cette organisation. »

Remarque d’un participant : « Juste préciser qu’elle (l’agence) se base sur des données que lui donnent les pays et il y a des pays qui ont des intérêts à surélever leurs ressources en pétrole pour qu’on continue à leur acheter. Même si on peut estimer quand même ce biais. Globalement, il y a une baisse. »

Propos du conférencier Philippe Monnin :

    « Là, on voit les projections à 2040. Alors, un petit mot d’explication sur 2040, il y a 2 estimations :

  • la première, celle qui va le plus haut : c’est donc la consommation d’énergie pour la population mondiale telle que les pays se sont engagés à faire en tenant compte de la COP21 et des conséquences du réchauffement climatique => il n’y a pas une super évolution par rapport au graphique précédent,
  • la deuxième estimation, c’est ce qu’il faudrait avoir comme production d’énergie si on voulait limiter le réchauffement climatique à 2°C comme l’engagement pris lors de la COP21. »

Problème de remplacement des énergies fossiles à cause de leur raréfaction

Voir le document PDF de la conférence [page 49/87]. « Un autre graphique pour montrer la difficulté des énergie de flux pour suppléer les énergies non renouvelables ==> besoins d’énergie de la population mondiale, qui sont énormes. Les énergies les plus consommées sont le pétrole, le charbon, le gaz naturel et beaucoup plus bas l’hydro et très très bas le renouvelable. »

Voir le document PDF de la conférence [page 50/87]. « Alors, là, une spécialiste de l’énergie (Gail Tverberg), elle exprime cela aussi d’une autre manière : il n’y a pas assez d’énergie fossile et de minerai pour développer massivement les énergies renouvelables de façon à compenser le déclin des énergies fossiles. Explication ? Cela veut dire que pour construire les millions d’éoliennes et les centaines de milliers de panneaux solaires, pour cela, on utilise aujourd’hui l’énergie fossile qui est gratuite. Donc, les énergies quand on nous dit que c’est rentable, oui, c’est rentable parce que c’est fabriqué avec une énergie qui est gratuite… mais si demain on doit construire des éoliennes et des panneaux solaires avec l’énergie produite avec les éoliennes et les panneaux solaires, cela ne va pas du tout être les mêmes prix. Déjà il y a une notion qu’il faut capter, c’est que les énergies fossiles sont absolument nécessaires aujourd’hui pour pouvoir avoir des énergies renouvelables. »

Remarques des participants sur la fin estimée des énergies fossiles

Remarque d’un participant : « Justement est-ce que l’on n’a pas un peu de marge ? J’y connais rien ; mais j’écoutais l’autre jour une conférence, parce qu’il y a 40 ans, on disait que le pétrole d’ici à peu près (je me trompe peut-être sur les chiffres, veuillez me corriger), dans 40 ans, il n’y en aurait quasiment plus, et aujourd’hui on dit qu’il y en a pour au moins 40 ans dans l’hypothèse la plus basse, 40 ans de pétrole. »

Propos du conférencier Philippe Monnin : « Admettons, admettons qu’on dise 40 ans… (les ressources sont limitées, on est d’accord)… Quand vous dites… et quand maintenant aujourd’hui ce sera dans 40 ans… mais 40 ans, c’est demain, je suis désolé ; (cela nous laisse un peu de temps pour…) Oui, non, non, mais… encore une fois, on est dans les ordres de grandeur ; quand des gens disent que ce sera dans 40 ans, on est dans l’ordre de grandeur ; ce n’est pas dans 200 ans, 300 ans ou 1000 ans. 40 ans, c’est dans la vie de ma petite-fille, ok, c’est la vie de gens qui vivent aujourd’hui ; effectivement, les estimations, c’est pour cela que tous ces chiffres sont discutables, parce que des évaluations bougent, c’est vrai que, je vais en dire 2 mots, aux Etats-Unis, on a exploité le gaz de schiste qui fait que les Etats-Unis sont le premier producteur mondial de pétrole aujourd’hui… On pourrait dire… Ah ! Ce n’était pas prévu. Et donc, on a décalé le pic ; non, rien du tout ; le gaz de schiste, il est de plus en plus difficile à exploiter et cela ne va pas durer ; encore une fois, c’est l’ordre de grandeur qui est important, c’est l’ordre de grandeur en termes d’années, en termes de quantités, c’est de savoir si on est, nos sociétés, ceux qui vivent aujourd’hui sont concernés ; je me sens moins concernée que ma petite-fille. »

Remarque d’un autre participant : « Excusez-moi. Pour que cela ne soit pas mal compris, je pense qu’en fait il parle de vitesse du déclin des énergies fossile. C’est-à-dire qu’il dit que l’énergie fossile décline si vite que cela ne permet pas aux énergies renouvelables pour compenser. C’est une différence de pentes des courbes alors que cela donne l’impression que la quantité est insuffisante. »

Besoins en énergie pour l’informatique et Internet

Le conférencier fait aussi une remarque sur Internet : « […] Un paramètre très important dans ce que je dis et ce que j’entends, c’est la consommation d’énergie faramineuse liée à Internet, à l’envoi des mails. »

« Effectivement, on a parlé de la machine à vapeur, du moteur thermique, c’était la révolution industrielle ; et puis, aujourd’hui, on est dans la révolution numérique, une révolution de l’information ; on utilise ces machines ; on a l’impression qu’elle ne consomme pas d’énergie ; il y a des gens qui ont fait le calcul ; 1 mail, c’est 10 watts. Moi, j’ai fait le calcul ; 10 watts… un milliard de mails qui s’échangent tous les jours ; en gros, aujourd’hui, pour l’énergie nécessaire pour permettre des échanges de mail, cela nécessite l’énergie que produira la centrale de Flamanville, l’EPR de Flamanville quand il sera actif ; il faut une centrale EPR comme Flamanville rien que pour les mails simples… Et pour le streaming, c’est une horreur. »

« Ces évaluations sont faites, on le sait, et effectivement, cela accroît les besoins en énergie pour avoir, j’appelle ça… notre niveau de vie, notre manière de vivre, c’est-à-dire que l’introduction de l’informatique rajoute à nos besoins en énergie. Et, encore une fois, c’est calculé, c’est évalué… […] En fait, cela y est… C’est ce que l’on appelle l’énergie non spécifique, c’est l’utilisation non thermique de l’énergie. »

La notion de TRE extensif

Propos du conférencier Philippe Monnin : « Alors, il y a des gens qui ont introduit donc la notion de TRE extensif, c’est-à-dire c’est l’énergie qui revient à la société, le rapport entre cette énergie sur l’énergie investie pour récupérer de l’énergie pour la livrer et aussi pour pouvoir l’utiliser. Si on fait ce TRE extensif, des gens sont arrivés à dire : pour maintenir les niveaux de services actuellement offerts à la population, il faudrait qu’on ait des TRE qui se situent entre 12 et 13. Si on est en-dessous de ça, il va falloir faire des choix ; il faudra savoir dans quoi on sabre ; est-ce qu’on sabre dans la production alimentaire, dans l’habitat, dans le chauffage, dans les vêtements, dans les systèmes sanitaires ou dans la justice, le transport, la sécurité nationale… parce que les services comme la justice consomme de l’énergie… Tout ce qui est prestation de service consomme de l’énergie ; on est dans des sociétés, on sait très bien, que l’on a réduit le secteur primaire agricole à 3 fois rien (1 ou 2 % en France), les travailleurs du primaire sont allés dans le secondaire, pendant un moment, on avait le secteur industriel important…On l’a réduit avec l’automatisation, et on continue avec l’informatisation, la robotisation et on a développé beaucoup le secteur des services et d’ailleurs, c’était… On présentait cela comme le comble de la modernité d’une société moderne, c’est d’avoir un secteur des services important. Bah oui, mais les services, c’est aussi de la consommation d’énergie. »

Remise en question de nos modes de vie

Propos du conférencier Philippe Monnin : « Et, donc, il va falloir taper dans quelque chose, dans tous ces trucs-là… Cela veut dire que l’on tape dans notre manière de vivre. Et le problème, c’est que l’on a montré, même pour les énergies renouvelables, on approche du seuil de 12, 13, voire on est en-dessous. Une autre manière de voir les choses, ça, c’est un schéma qui est dans le livre de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, il montre que quand le TRE du pétrole passe en-dessous de 10, cela devient une fonction exponentielle et là le prix s’envole. Ce type de courbe en fait on le retrouve pas que pour le pétrole, on le trouve aussi pour les minerais, cad que ce soit le gaz ou l’uranium, mais aussi les minerais qui servent aux ordinateurs. Quand, demain, on sera dans la partie basse de la courbe du coltan, du cobalt, du lithium, ou de tout ça, hop, ça y est, on va être dans la partie exponentielle et donc il va se passer des choses. Et donc, c’est vrai pour tous les matériaux et minerais qui servent à fabriquer des convertisseurs d’énergie de flux, ce qui fait dire à Servigne et Stevens : le déclin inexorable du terreux des énergies fossile rendra la promesse de croissance économique impossible à tenir. On est dans le noir absolu. Et une courbe montre qu’il y a une corrélation entre l’énergie et le PIB ; cette courbe, c’est les taux de croissance de l’énergie, taux de croissance du PIB ; on voit qu’ils sont totalement corrélés. La croissance de l’énergie et le PIB, cela marche ensemble. Soit vous diminuez l’un, et c’est l’autre qui diminue et réciproquement. Ce qui fait dire à des gens comme Jancovici qu’en fait le modèle économique que l’on nous apprend à l’école qui est travail + capital mis dans un système productif, cela donne une production,… c’est faux, cela ne marche pas comme ça ; c’est le travail + l’énergie (le capital lui, c’est une boucle de rétroaction parce que le capital se nourrit de la production) travail + ressources + capital mis dans un système productif qui amènent à la production. Ce que dit implicitement Jancovici et implicitement les autres, c’est que du travail humain, on en a plein, on est des milliards d’individus, mais si on a du travail mais si on n’a pas d’énergie, on n’est plus dans nos sociétés, on n’est plus dans ce cas de figure. Donc, si le côté ressources diminue, le système productif s’écroule, le capital s’écroule et on est dans des problèmes sérieux. »

2.10. La recherche

Je partage à présent les propos du conférencier Philippe Monnin sur l’avancée de la recherche sur une énergie prometteuse mais bien hypothétique pour sa mise en oeuvre : la fusion thermonucléaire contrôlée.

« Alors, il y a une énergie très particulière, dont certains disent… waouh ! ça, si cela marche, on est sauvé… Cela s’appelle la fusion thermonucléaire contrôlée. C’est quoi la fusion thermonucléaire contrôlée ? C’est… L’idée, c’est de faire fusionner deux atomes légers (vous avez l’explication là), cela peut être deux atomes de deuterium par exemple ; prenons volontairement deux atomes de deuterium… Pourquoi ? Parce que le deuterium, il y en a à profusion, même dans l’eau de mer. Et, en gros, ce processus, alors, l’idée c’est que dans la fusion quand on oblige deux atomes légers à fusionner, ils fusionnent et donne donc un atome plus lourd et ils libèrent de l’énergie ; c’est la bombe H1. Dans la fission, on casse un atome et dans la cassure, on récupère de l’énergie. La fission, on sait très bien faire. La fusion, les conditions de réalisation de la fusion sont tellement invraisemblables que personne ne se hasarde à prédire le jour où on saura le faire. Pourquoi ? Parce que, pour faire de la fusion, il faut être capable de maintenir une espèce de soupe de plasma à la température fabuleuse de 110 millions de degrés centigrades, c’est 10 fois plus chaud que le coeur du soleil. Alors, il faut qu’on construise un bâtiment, en dur, et dans ce bâtiment, on doit trouver un moyen où dans nos petites mimines on va arriver à mettre 110 millions de degrés, 10 fois plus que le soleil et à récupérer l’énergie qui sera produite. Alors, des ingénieurs assez fous pour dire « on va chercher, on va essayer… ». Donc, les plus fous, c’étaient les soviétiques ; ils ont commencé… très vieux… ils ont fait ça, je crois, dans les années 50 et ils ont inventé un truc qui s’appelle le tokamak ; le tokamak, l’idée, c’est de dire, ce plasma, on va créer des champs électromagnétiques intenses, puisque cela ne peut pas être au contact de la matière, c’est impossible, on va le maintenir dans un champ magnétique intense et puis on va essayer d’en contrôler la réaction ; donc, les chercheurs cherchent sur ça. ITER, qui est installé en France, qui est financé par tous les grands pays de la planète ; pourquoi ? tout le monde met au pot parce que c’est le truc dont on n’est absolument pas certain qu’on y arrivera un jour, mais si on y arrive, alors là on arrête tout le discours précédent, et on dit ça y est on a de l’énergie pour 100 millions d’années, (pour indéfiniment ?), quasi infini. Alors, où en est ? Jusqu’à maintenant, on cherche. Alors, il y a deux techniques : le tokamak et il y a une autre technique qui s’appelle le laser mégajoule, qui fait un million de milliards de watts avec lequel on a réussi à faire une fusion contrôlée qui a duré un millième de milliardième de seconde, encore pas franchement l’usine nucléaire, et d’autant moins que cela a consommé plus d’énergie que l’on en a obtenue… et donc, là,… c’est de la recherche. »

2.11. Conclusion

Propos du conférencier Philippe Monnin : « Donc, conclusion de Servigne et Stevens et pas que de lui, de pleins d’intervenants que j’ai mentionné là, le déclin énergétique annonce la fin définitive de la croissance mondiale et la fin de la croissance mondiale, c’est le déclin de notre manière de vivre. Alors, après, encore une fois, cela ne va pas être un truc qui va se passer d’un coup mais c’est un peu l’histoire de la grenouille. La grenouille que l’on met dans la casserole dans l’eau froide pour l’instant. Et puis, on chauffe. La température monte. Et, puis, la grenouille va trouver que c’est tiède, c’est pas mal, puis chaud et puis super chaud et on commence à se détruire, à perdre la façon dont on vit. »

Pour conclure cette conférence, écoutons un nouvel extrait du film ‘Cruel sera le réveil : le crash pétrolier’ sur les conséquences de la fin d’un pétrole bon marché : Lhomme-hydrocarbure-2.mp4

« Un étudiant m’a demandé si ses petits-enfants pourraient encore prendre l’avion ; c’est une question pertinente ; parce que la réponse pourrait bien être non… La majeure partie du trafic aérien s’arrêtera ; beaucoup de gens pensent que c’est l’argent qui fait tourner le monde alors qu’en fait c’est l’énergie bon marché, largement dérivée du pétrole ; on finit par se demander ce qui est le plus réel, le marché financier ou les gisements de pétrole dans le sol et tout le monde arrive à la même conclusion, ce sont les gisements de pétrole. Le système financier regorge de pétrodollars ; si on les retire, il va forcément se contracter ; il n’y a pas une société cotée en bourse qui ne mise pas implicitement sur un pétrole bon marché. Or, cette époque-là est déjà révolue. Donc, presque toutes les entreprises cotées sont en fait surévaluées. Lorsque la communauté financière en prendra conscience, on risque d’assister à des réactions exagérées et à un effondrement de la bourse. Je ne serai pas surpris que cela provoque une crise comparable à la grande dépression des années 30, voire pire puique la crise sera imposée par la Nature elle-même et non par la spéculation boursière. Combien d’individus la Terre peut-elle faire vivre en l’absence de combustibles fossiles ? Beaucoup de gens disent 1 milliard et demi, voire 2 milliards. Généralement, on n’aime pas se tromper mais là, je l’espère sincèrement, comme d’ailleurs tous les gens qui se préoccupent du pic de pétrole. Malheureusement, je pense qu’on a raison. »

Pour finir, le conférencier mentionne qu’un visionnaire avait prédi tout cela : Reiser, qui est décédé en 1983… au moment de la crise pétrolière.

3. Mon regard personnel : pourquoi s’inquiéter ?

La question de l’écologie, du « vivre ensemble » en respectant l’habitat « la planète Terre » est un thème délicat qui a suscité et continue d’interpeller : des conférences, des avis d’experts avec ou sans consensus, des mises en garde, des cris d’alarme, des remises en cause, des essais… Quel est mon regard personnel sur tout ce concert qui peut… déconcerter ?

3.01. Le doute et la vérité

La lecture du livre d’Hubert Reeves, ‘Mal de Terre’, m’a donné mal à la tête. Merci Christophe ! (Je lui ai retourné le bouquin pour qu’il le lise à son tour. Sourire.). Le ton est catastrophique. On peut difficilement nier les faits présentés dans ce livre comme dans cette conférence. Le futur de l’indicatif est de mise. Pas de conditionnel. Il n’y a pas de doute, ou plus précisément, il n’y a plus de doute. Le constat est dur, brutal. Néanmoins, j’ai l’impression que des personnes continuent à… douter, non plus sur les faits mais sur l’ordre de grandeur. « Cela arrivera demain. ». On utilise bien le futur de l’indicatif. Maintenant, on s’interroge sur la signification de demain. 10, 20, 30, 100 ans… J’ai fait ce constat personnel : en ouvrant mon journal un matin de cette semaine, il était question de savoir quand on allait commencer à construire la troisième ligne de métro à Toulouse et du coût faramineux pour le faire, …alors que l’on n’aura pas la garantie que l’on pourra le faire fonctionner durablement si on accorde du crédit au cri d’alarme des scientifiques sur la quantité qu’il reste des ressources fossiles. Il est certain que l’écologie et la question des ressources est au centre des préoccupations de nos élu.e.s. Ironie. En fait, j’ai le sentiment que certain.e.s scientifiques oublient que le doute est nécessaire et utile pour trouver la vérité mais une fois qu’on a trouvé la vérité, il ne faut plus douter. (Cela va mieux en l’écrivant). C’est pourquoi je tiens à partager mon chemin de pensée sur cette question.

Je souhaite donc partager mon raisonnement, mon chemin de pensée pour valider la situation d’urgence, car je la valide mais en prenant un autre chemin, un argumentaire un peu différent. Je note en écoutant cette conférence et la lecture des ouvrages sur ce thème que les experts sont donc sûrs d’eux, de leurs données, de leurs raisonnements. Se pose alors la question de la confiance… Quoi penser du cri d’alarme des experts scientifiques (ou du moins reconnus comme tels) ? Quels crédits accorder à ces mauvais augures ? Surtout si on a des raisons personnelles de mettre en doute la parole « des personnes qui savent » reconnues dans leur corps de métier (pour moi, l’éclatement du scandale de l’amiante qui a tué mon père). Alors, pour prendre position, pour ne pas me dérober, pour ne pas faire dépendre mon avis de ma perception et de la confiance envers les spécialistes de ces questions, je me suis dit qu’il fallait adopter une autre approche, poser un regard holistique tout en restant rigoureuse dans la réflexion.

3.02. Mon chemin de pensée

Pourquoi s’inquiéter ? Je développe la réponse en commençant par la formuler par une phrase simple, pour que le message soit le plus audible possible. Exercice bien délicat en fait. Mais j’essaie, je partage. « La civilisation industrielle telle qu’on la connaît aujourd’hui est vouée à s’effondrer car dans son fonctionnement global il n’y a pas de cycle ostensiblement harmonieux avec la nature dans notre mode de vie. »

Un foyer classique vivant en France est relié en amont à EDF, au réseau d’eau de la ville (gaz et fioul pour les personnes qui ont fait ces choix) pour les sources d’énergie et au « tout-à-l’égout » et à un service de déchetterie pour les sorties. Les entrées et les sorties ne sont pas maîtrisées par les usagers. On ne sait pas l’origine réelle de l’énergie et on ne sait pas exactement ce que l’on fait de nos déchets. On (doit ?!) implicitement faire confiance aux entreprises et aux pouvoirs publics pour que ces services soient bien accomplis. D’ailleurs, le message global actuel des pouvoirs publics pourrait être formulé ainsi : « Ne vous préoccupez pas de ces services (approvisionnement énergétique et traitement des déchets). Ce n’est pas votre problème. Moyennement finance, on s’occupe de tout. Laissez faire les pros. Vous pouvez dormir sur vos deux oreilles. » La large majorité des foyers ne sont donc pas autonomes en énergie et participent (plus ou moins ?) au saccage de l’environnement.

Pour les entrées : si, en France, EDF ne peut plus faire tourner les centrales nucléaires par manque de matière radioactive (a priori dans un siècle), on connaîtra de gros problèmes d’approvisionnement en énergie électrique. Idem pour tous les autres sources d’énergie de stock (gaz, charbon et métaux). Pareil pour les voitures qui utilisent des carburants à base d’hydrocarbures raffinés. Pour les sorties : en ne prenant pas soin des déchets usagers, on a pollué l’environnement qui nous entoure et notamment on a atrophié les habitats des différents écosystèmes, lieux de vie des autres espèces vivant avec nous sur la planète. Donc, pour les entrées, on se dirige vers la pénurie d’énergie ; pour les sorties, c’est la destruction de l’habitat ‘planète Terre’. Vive la confiance envers « les personnes qui savent » ! Soupirs avec de l’exaspération et de l’ironie.

Note : avec ce constat et cette manière de « voir les choses », il n’y a pas besoin d’être sûr des données et des informations avancées par les experts. Décrire le mode de vie est suffisant. D’ailleurs, cette problématique ne se posait pas au moyen-âge, ni en début de siècle, tant qu’en fait les foyers étaient autonomes dans la très grande majorité et que l’on pouvait écouter un cycle de vie dans leur quotidien.

3.03. Repenser notre « vivre ensemble », une nécessité

Nous avons accordé une délégation implicite sur le cycle énergétique et nous risquons de le payer très cher sur notre mode de vie futur. Un futur qui se rapproche à vitesse grand V du présent. Nous devons donc nous attacher à rendre nos foyers autonomes en énergie, vivant dans un cycle sain en harmonie avec la nature. Il faut se préoccuper d’où vient l’énergie et ce que l’on fait de nos déchets. Il s’agit d’une responsabilité individuelle. Nous devons pouvoir écouter ce cycle, ce qui est loin, très loin d’être le cas aujourd’hui, d’où mon inquiétude.

Avec ce chemin de pensée, la zététicienne que j’estime être ne doute pas. La situation est plus que préoccupante. Notre vivre ensemble doit être repensé… ensemble… en profondeur. Le résultat auquel j’aboutis peut être discuté sur le plan de la zététique car j’estime ainsi que le constat permet de s’affranchir des données et des modèles des experts jusqu’à un certain point. Le débat est ouvert 🙂

Zététiquement vôtre,

Sonia Kanclerski

Article mis à jour le dimanche 07/10/2018 (version 1.0).

Note : cet article pourra être modifié ultérieurement.

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